8498200936.1677ed0.4ce90ee7397640ed9c085f5267133c05

Le tennis à l’heure du digital : Etat des lieux

À l’heure du développement massif de l’univers gravitant autour de la data, de nombreux domaines tendent à intégrer ce nouveau champ des possibles, comme dans le monde du sport, et plus particulièrement du tennis. Ce dernier possède une histoire riche, longue de plus d’un siècle, et par tradition a toujours eu tendance à être relativement peu ouvert aux changements, que ce soit dans les règlements, ou évolution du jeu. Mais s’il y a bien un domaine qui pourrait changer la donne, c’est le digital, tant les possibilités sont grandes et étendues…

Innovations digitales liées au spectacle et au jeu

Raquettes et bracelet connecté(s)

De toutes les innovations digitales liées de près ou de loin au tennis, on peut commencer par s’intéresser aux travaux menés par la marque française Babolat qui est sur ce segment un des équipementiers les plus actifs dans le domaine.

Innovation digitale dans le tennis
Source : smartech.fr (http://smartec.fr/babolat-play-aeropro-drive-la-nouvelle-raquette-de-tennis-connectee/)

Ces derniers ont développé un système de raquette connectée : le Babolat Play, embarqué sur quelques modèles de raquettes grand public mais également des modèles utilisés par des joueurs professionnel (comme l’ambassadeur de la marque, Rafael Nadal). En 2015, Nadal a démarré la saison avec sa Aero Pro Drive, équipée de ce système. La technologie est directement installée au coeur du manche et permet de mesurer de nombreuses valeurs de vitesse, de force, et de distances de tout type afin de pouvoir retrouver sur l’application de son smartphone l’interprétation de toute la collecte de données réalisée traduite dans un jargon tennistique et statistique, qui parlera aussi bien au jour débutant que professionnel. On pourra retrouver, par exemple, des analyses sur les coups réalisés (coup droit, revers, service, smash), vitesse, puissance, lift (rotation de la balle), nombre d’échanges, vitesse de balle au service, localisation d’impacts de la balle.

Enfin, Babolat a également su s’adresser aux joueurs n’étant pas adeptes de la marque et préférant conserver leur matériel, en proposant le Babolat Pop, un bracelet connectée qui offre le même type de digitalisation du jeu, en étant toutefois moins complet que le dispositif implanté dans la raquette, logiquement compréhensible puisque le bracelet va être plus éloigné de l’impact quant aux mesures réalisées par rapport à la raquette qui est en contact direct avec la balle.

Si ces innovations ont été assez impressionnantes dès 2015, elles n’ont cependant pas été réellement adoptée par les joueurs professionnels, qui se sont prêtés au jeu à la sortie du dispositif, mais n’ont par la suite pas souhaité continuer à l’utiliser, ou alors pour certains, uniquement lors des périodes d’entrainement, mais pas en match. Même si les données peuvent être intéressantes, il n’en reste pas moins qu’elles doivent être mise en perspective avec l’analyse des statistiques du match. A elles seules, cela est difficile de se baser uniquement sur leur interprétation.

MOJJO, l’analyse des statistiques pour tous

La startup MOJJO a développé un système de captation et d’analyse d’une partie (mode match ou entrainement, au choix) qui permet aux protagonistes, après leur session de jeu, d’avoir une analyse détaillée du match qui vient de se dérouler, avec des informations quasiment identiques à ce qui peut être présenté à la fin des manches ou des matchs des joueurs professionnels. On y retrouve le % de réussite au service, % de points gagnés sur son service, sur service adverse, mais également des schémas sur les placements des joueurs, des balles jouées, la réussite des différents coups distribués, avec l’efficacité globale. La solution, matérialisée par une borne tactile, est accompagnée de 2 caméras (2 angles différents), et permet en plus des statistiques, de revoir le match dont les temps morts ont été retirés, ou même une sélection des meilleurs points du match (vidéo plus courte que le replay intégral).

MOJJO, l’analyse des statistiques pour tous
Source : mojjo.io (https://www.mojjo.io/)

Le système est présent dans de nombreux clubs franciliens (au démarrage) mais se développe rapidement sur le territoire. Il répond aux joueurs de tous niveaux, aussi bien aux joueurs loisirs qui vont être davantage dans le plaisir de se revoir jouer, partager les plus points de leur partie ou analyser quelques statistiques phares comme la vitesse de service, qu’aux joueurs de compétition qui iront davantage rechercher la progression d’un match à l’autre en analysant très finement les statistiques délivrées par la machine, et en trouvant bien souvent des réponses à des problématiques de tactiques avec l’aide de leur coach.

Collecte et exploitation de la data pour améliorer les performances sportives

Hawk-eye : le challenge vidéo pour les joueurs pro en match

Si l’on s’intéresse au tennis professionnel moderne, l’innovation majeure des dix dernières années est sans conteste le challenge vidéo, également appelé technologie “hawk-eye” (la société a donné son nom à la technologie). Il s’agit de la modélisation 3D de la trajectoire et de l’impact au sol de la balle, à partir de la captation de données en temps réel grâce à des capteurs et caméras installés tout autour du court, dans la salle ou le stade.

Lors d’un échange, si la balle vient rebondir près des limites du terrain sur une ligne ou très proche, un des joueurs a la possibilité de faire appel à la vidéo pour confirmer ou infirmer son jugement personnel quant à la validité du rebond dans les limites du terrain, ou non. S’il fait cette demande en interrompant le point et qu’il a tord, le point est perdu et s’il a raison, en fonction de la situation, l’arbitre décidera si le point est gagné ou est à rejouer (dans le cas où le joueur adverse a été gêné).

Source : jeusetetmatch.blog (https://jeusetetmatch.blog/2018/05/17/rome-affaire-pliskova-le-hawk-eye-devrait-il-aussi-etre-introduit-sur-terre-battue/)

La vidéo une fois demandée par l’arbitre aux équipes techniques met quelques secondes à être diffusée sur l’écran géant, c’est pourquoi le joueur, afin de ne pas couper le rythme du match, peut avoir recours à la vidéo uniquement 3 fois par set (si toutefois il a raison, il conserve son nombre de demandes).

Il existe une marge d’erreur de 3mm, jugée cependant minime et acceptable par l’ensemble des acteurs. Le hawk-eye est utilisé sur toutes les surfaces exceptées la terre-battue, car il est possible sur cette dernière de voir les impacts et traces de balle directement sur la surface, et lorsque le joueur le réclame, l’arbitre descend de sa chaise pour venir vérifier la marque. Cette “tradition” de la terre-battue perdure, mais de plus en plus d’expérimentations de possibilité du challenge vidéo sont lancées sur certains tournois disputés sur terre-battue.

Un nouvel acteur espagnol, concurrent du Hawk-eye est apparu ces dernières années, Foxtenn, et a pour ambition de concurrencer le monopole existant de la société hawk-eye sur tous les tournois. Cette technologie se veut plus fiable, puisqu’elle ne se base plus sur une modélisation 3D de la trajectoire mais bien sur une reconstitution de l’impact, grâce à des caméras installées au-dessus du court, mais également au sol dans l’axe des lignes, avec la capacité de filmer les impacts avec un très grand nombre d’images par seconde (FPS). Il est donc possible au logiciel de reconstituer la trajectoire ainsi que l’impact de la balle d’un façon plus fidèle que le hawk-eye, avec une marge d’erreur proche de 0. De plus, cette solution de challenge vidéo est moins coûteuse pour les tournois, qui se voit être démocratisée de plus en plus sur le tour. En revanche, à l’heure actuelle, la reconstitution est plus lente à pouvoir être diffusée dans le stade, et doit s’améliorer pour installer durablement la concurrence.

Le tournoi-laboratoire des essais pour le tennis de demain

L’association des joueurs de tennis professionnels (ATP) organise en fin de saison une compétition regroupant les 8 meilleurs jeunes (joueurs de moins de 21 ans) à Milan, appelée Masters NextGEN.

Outre l’opportunité pour ces jeunes joueurs de participer à une compétition prestigieuse car mis en lumière pendant une semaine sans autre compétition en parallèle, au délà de l’aspect économique et marketing qui met en avant les nouveaux talents de demain, l’organisation utilise cet évènement a des fins de laboratoire pour tester différentes nouveautés ou innovations qui pourraient voir leur arrivée par la suite, en cas de succès, sur le tour classique, afin de répondre aux attentes des spectateurs, ou des diffuseurs, dont ces derniers peuvent parfois reprocher au tennis d’être trop long, ou pas assez spectaculaire.

Source : southafricatoday.net (https://southafricatoday.net/sport/tennis/world-first-for-tennis-as-atp-brings-in-video-review-at-2018-next-gen-atp-finals/)

Le format des matchs est donc raccourci, avec des sets en 4 jeux par exemple. Afin de donner une dimension plus stratégique aux parties, les joueurs peuvent communiquer avec le coach à la fin d’un set, à l’aide d’un casque et micro à leur disposition, ainsi qu’une tablette présentant les statistiques du match (dont le coach a également connaissance). 

Enfin, l’innovation majeure est un système d’arbitrage totalement électronique et automatisé, sur la base du Hawk-eye décrit précédemment, mais qui cette fois-ci va analyser tous les impacts et trajectoires en temps réel, et annoncer à la place des juges de lignes lorsque la balle sera sortie des limites du court. L’arbitrage devient donc infaillible et incontestable, si on met de côté les 3mm de marge d’erreur. En cas de balle très proche de la ligne (“close call”), le ralenti de la modélisation est diffusé automatiquement sans que les joueurs n’aient à le réclamer, ce qui crée également une animation pour le public.

Toutes ces innovations devraient, à moyen et long terme, amener un vent de fraîcheur à ce sport dont les traditions et compétitions sont ancrées historiquement. Joueurs, spectateurs et observateurs restent attachés aux éléments qui font l’ADN du tennis, mais toutefois, il est à penser que les innovations passeront par les instances de ce sport qui sont en faveur d’un tel développement, mais également par les nouvelles générations de joueurs, potentiellement moins « accrochées » à ces traditions. Un juste équilibre reste à trouver pour conserver l’essence même du tennis et de ses origines, mais dans le même temps, vivre avec son temps.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *